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Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué,
MessageAvr 03, 06 10:08 pm     Répondre en citant le nom Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué, Répondre au sujet
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Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué, Diapahi, etc. - Les vraies raisons des attaques - Voici où se cachent les tueurs de l’Ouest

Soir Info - 4/2/2006 8:12:21 PM

Avec sang froid, finesse, endurance physique et morale, nous avons réussi à percer le voile du mystère qui couvrait, depuis 10 mois, les massacres de Guitrozon, Pétit-Duékoué et Diapahi puis à localiser les présumés assassins et tirer les vers du nez de celui que l’on présente comme le chef du commando.
Enquête...
Pendant une semaine, à travers les pistes et les sentiers de la jungle de l’ouest de Côte d’Ivoire, précisément dans le triangle de Blolequin, Guiglo et Duékoué, nous nous sommes mis sur les traces des tueurs de Guitrozon, Petit-Duekoué et de Diapahi. Notre ultime objectif, un certain Ladji Gbapleu, sous- chef des dozos à Tomimpleu, que l’on présente comme le “ boucher ” de Guitrozon.

Tomimpleu est situé au nord de Blolequin, au cœur de la forêt classée de Scio, à cheval sur la zone de confiance et est peuplé, en majorité d’une forte communauté étrangère. C’est un véritable camp retranché dont la réputation de zone criminogène par excellence est répandue dans l’ouest du pays. Enfin, Tomimpleu, selon Paul Kango, un ex-chef de guerre du Mpigo, “ a été et reste le point de départ de la majeure partie des actes criminels ” posés par des individus sans visages à l’ouest, en particulier, les massacres survenus à Duékoué, dans les villages de Guitrozon, Petit-Duekoué et Diapahi, dans la nuit du 31 mai au 1er Juin 2005. M. Paul Tia Kango, fondateur du Mpigo ( Mouvement Populaire Ivoirien du Grand-Ouest), a coupé les ponts avec la rébellion depuis peu. C’est lui qui nous a mis la puce à l’oreille sur les assassins de Guitrozon.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le mobile des massacres enregistrés à Guitrozon, Petit-Duekoué, Diapahi prennent leurs sources, dans “ le fleuve ” d’une véritable vendetta. En tout cas, c’est ce qui ressort de notre enquête sur le terrain. En effet, dix (10) mois après, les massacres des populations de Guitrozon, Petit-Duekoué et Diapahi restent encore énigmatiques.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, un commando lançait une attaque sur Guitrozon, laissant derrière lui, 127 morts. Les tombes et fosses communes des victimes sont observables à l’entrée du village. Après leur forfait, les tueurs se sont évanouis dans la nature. Qui sont ces tueurs, quels sont leurs motivations, d’où sont-ils venus, pour qui ont-ils agi, qui est derrière ces massacres et où se cachent les tueurs ?.

Puce à l’oreille Dix
(10) longs mois après, exploitant une information, Soir-Info, après une enquête époustouflante, est aujourd’hui en mesure de donner les réponses à toutes les questions liées aux massacres de Guitrozon, Petit-Duekoué et Diapahi. Les tueurs sont domiciliés à Tomimpleu, dans la forêt classée de Scio. Comment en sommes-nous arrivés à cette conclusion ? Tout est parti d’un “ courrier ” envoyé dans ma boîte électronique le vendredi 3 février 2006. “ J’ai une importante information à vous donner... Je souhaite que nous nous rencontrions, c’est très urgent. Vous pouvez me joindre sur mon portable dont voici le N°... ”. Après lecture de ce “ courriel ”, je joins immédiatement le numéro du “ fameux informateur ”, en vue de me faire une idée sur cette “ importante information ”. Nous prenons alors rendez-vous au troisième étage de l’immeuble “ Le Front Lagunaire ” sis au Plateau, le Mardi 8 février 2006. Sur place, je trouve trois personnes qui se présentent comme des ex-combattants du Mouvement populaire du Grand Ouest ( MPIGO), l’une des plus importantes factions rebelles nées à l’Ouest, au mois de novembre 2002, pour “ venger la mort du Général Robert Guéi ”, ancien chef d’Etat sous la transition militaro-politique, tué aux premières heures de la rébellion. “ Je suis Doua Paul Kango, chef de guerre du Mpigo ; voici le porte-parole du Mouvement, Nouan Tieu Bertin et Oulaï, mon adjoint. Nous avons décidé de quitter la rébellion par ce que nous avons compris aujourd’hui que le combat qui est mené par les Forces Nouvelles, n’est pas le notre ”.

Paul raconte la mauvaise tournure qu’ont prise les choses, avec l’unification des trois Forces , qui a vu, selon lui, l’assassinat “ de 12 chefs de guerre Yacouba ” par le MPCI à Man. “ Nous vous avons fait appelle ici aujourd’hui, pour vous dire qui sont ceux qui ont tué à Guitrozon, Petit-Duekoué et de Diapahi ”. “ Ceux qui ont tué dans ces trois villages et qui continuent de tuer dans d’autres villages Gueré, ce sont les dozos de “ Tomimpleu ”. L’opération a été préparée à Tomimpleu et exécutée par un commando de dozos de 32 personnes, tous des combattants du Mpci. Ce commando était conduit, cette nuit-là, par le chef adjoint des dozos de Tomimpleu du nom de Ladji Gbapleu. C’est un puissant marabout dont on dit qu’il avait des liens mystiques avec l’ancien chef d’Etat.

 “ Il faut que vous écriviez tout cela pour que les Ivoiriens et le monde entier connaissent la vérité sur ces massacres. Ça aidera aussi à mettre un terme aux nombreuses tueries à l’ouest. Nous ne pouvions plus garder ce secret. Il faut que ces massacres s’arrêtent ” ont-ils souhaité. A la question de savoir “ pourquoi ces dozos ont-ils attaqué, spécifiquement, les villages de Duékoué, la réponse de l’ex-chef de guerre ne se fait pas attendre “ Le 27 Mai 2005, le chef des dozos de Tomimpleu, un Guinéen, nous a informés de l’assassinat à Duékoué de cinq (5) jeunes Senoufo qui venaient de commencer leur cycle d’initiation dans la confrérie des dozos. Face à l’indignation soulevée, la décision de venger ces morts a été tout de suite arrêtée. Des Guéré devraient être tués ”. Voilà résumé notre entretien. Je les quitte avec la promesse de “ faire quelque chose ”. La grande psychose

Info ou intox de la part de ces trois chefs de guerre en rupture de ban avec les Forces Nouvelles ? C’est le début d’une périlleuse enquête visant à élucider les massacres de l’ouest. Ce dimanche matin du 12 mars 2006, par un temps ensoleillé, j’embarque à bord d’un car de la compagnie “ CTD Transport ” assurant la ligne “ Blolequin-Abidjan-Blolequin ”. Véritable saut dans l’inconnu, surtout que le guide que m’avait conseillé les ex-rebelles s’est rétracté au dernier moment.

Au cours du voyage, je fais la connaissance de deux soldats du cantonnement de Blolequin bien connus dans cette ville sous les pseudonymes de Djibril Cissé et Didier Drogba. La peur et la psychose ne sont toujours pas retombées et la méfiance guide les actes de tout le monde à Blolequin, fortement marquée par le passage des rebelles. Je me présente aux deux soldats et leur demande assistance dans cette enquête qui devrait me conduire à Tomimpleu, sur les traces des assassins de Guitrozon, Pétit-Duekoué et Diapahi. Ils m’opposent leur droit de réserve, mais consentent à me mettre en contact avec “ quelqu’un ”. “ Tomimpleu est un endroit extrêmement dangereux ”, me lance celui qui se fait appeler “ Djibril Cissé ”, insistant sur les fréquentes disparitions des gens dans cette zone. “ Nous n’y avons pas accès du fait de l’état de la route. Le pont sur le fleuve Scio est détruit ”, ajoute pour sa part “ Didier Drogba ”. En revanche, il propose de m’aider à aller à CIB où les FDS ont un détachement.

CIB est à environ 22 km de Tomimpleu. Ces deux soldats me conduisent alors vers un certain Henri ( c’est tout son nom). Henri est opérateur dans la filière Café-Cacao. Selon une rumeur répandue à Blolequin, il aurait pactisé avec les rebelles lors de la prise de Blolequin. “ Si vous voulez revenir vivant de CIB et de Tomimpleu, évitez surtout de vous présentez comme journaliste ” m’ont-ils conseillé. Nous rencontrons Henri à la gare de CIB à Blolequin. Un homme d’environ 35 ans, de taille moyenne ( 1,60 m), teint noir, une barbichette à la Soro Kigbafory Guillaume, le leaders des Forces Nouvelles, le visage barré d’une lunette noire. Ivoirien d’origine burkinabé, Henri, se vente de parler, selon lui, le Malinké, le Yacouba, le Moré, le Guéré, le Lobi, le Senoufo, le Français, l’Anglais et l’Espagnol.

N’empêche, Henri donne les allures d’un homme accroupis sur ses gardes, méfiant, jetant des regards çà et là à chaque minute. Pour le mettre en confiance, je l’invite en tête-à-tête derrière le maquis, loin des oreilles indiscrètes. Je me présente comme un homme d’affaires en fait, un chef d’entreprise exerçant dans le bâtiment et les travaux publics, désirant me rendre à Tomimpleu pour y rencontrer le chef dozos Ladji Gbapleu. J’ajoute que je convoite un gros contrat de 42 millions de Fcfa et que selon un ami entrepreneur, le marabout Ladji Gbapleu pouvait m’aider à décrocher ce marché. Henri me dissuade d’aller à Tomimpleu, arguant que l’endroit est dangereux. “ Si c’est pour çà, vous n’avez pas besoin forcément d’aller à Tomimpleu ”.

Zones criminogènes “ D’abord c’est trop loin, les camions n’y ont pas accès à partir de Blolequin parce que le pont sur le fleuve Scio est détruit et le coin est très dangereux ”. Henri me propose d’aller plutôt à Sokoura, “ où il y a un vieux Senoufo plus puissant que Ladji Gbapleu de Tomimpleu ”. Je suis embarrassé, parce que je ne peux pas me découvrir à Henri. Mais j’apprends avec lui, la présence effective de Ladji Gbapleu à Tomimpleu qui serait “ le préparateur mystique des combattants rebelles ”. C’est suffisant pour moi. Je tenais donc entre les mains, le fil du démêlage de l’écheveau des massacres de l’ouest dont on lui attribue l’entière responsabilité. Mais, Henri se refuse à m’accompagner à Tomimpleu. Je le quitte la mort dans l’âme.

Drogba et Djibril Cissé prennent congé de moi. Je me retrouve seul face à l’univers de Blolequin. Mais je ne jette pas, pour autant, l’éponge, surtout, étant à coté du but... A 11h 25 , ce même lundi 13 mars 2006, je me rends au bureau du préfet militaire de Blolequin, le Capitaine de Frégate ( Lieutenant-colonel dans l’armée de Terre), Martin Gnonsékan. Se félicitant de l’enquête, il souligne les “ risques colossaux ”. Il met en relief “ le caractère dangereux de Tomimpleu ” où “ nous n’avons pas accès ”. Il m’indique sur la carte du département de Blolequin, l’emplacement de Tomimpleu. Je quitte le préfet aux environs de 15 h. Je décide de passer la nuit à Blolequin. Et là, sans trop y croire, une adresse que m’avait donnée un ami, originaire de ce département, me sera d’un apport divin. Je rentre alors en contact avec J.C Banhié, 32 ans. Je lui explique, en langue locale, clairement, l’objet de ma présence à Blolequin. J.C prend l’engagement de m’apporter toute son aide.

En fait, J.C. a pour beau-frère ( le mari de sa sœur) un jeune Burkinabé qui tient un commerce à CIB et un autre à Tomimpleu, où il vit. “ Vous avez de la chance. Mon beau frère Issiaka Rasmani dit “ Bilale ”, commerçant à Tomimpleu, est arrivé ”. JC se propose de me présenter à son beau-frère comme l’un de ses frères qui travaille à Bondoukou dont il a entendu parlé déjà, mais qu’il ne connaît pas physiquement. Je lui fait part de mon inquiétude quant à l’aboutissement d’un tel scénario, craignant que sa sœur ne me dénonce. Mais il me fait comprendre que sa sœur est en voyage.

Le scénario ne me rassure pas, mais avais-je le choix ? Je lui propose de m’accompagner à Tomimpleu. Il hésite un moment, puis finit par accepter... Un peu plus tard, nous retrouvons Issiaka Rasmani Bilale. Il me reçoit, avec tous les honneurs dus à “ un beau frère ”, parle de “ ma sœur ”, sa femme. Une fois de plus, je me fais passer pour un entrepreneur en quête d’un talisman pouvant m’aider à décrocher un marché de 42 millions de F cfa. Il est d’accord pour m’emmener à Tomimpleu. Pouvait-il refuser ce service au frère de sa femme ?

Le lendemain matin, nous embarquons dans un KIA pour CIB où nous arrivons aux environs de 13 h. Au départ de Blolequin, je prends soin de me débarrasser de toute pièce administrative, Sankaradougou, Chantier-Kaboré et autres. notamment, la carte d’identité et ma carte de presse, emportant seulement “ mes cartes de visite de DG de société, un Nouveau Testament de poche et un jugement supplétif. La route de CIB est une piste qui serpente entre des collines et des rochers. CIB est un haut lieu de trafic en tout genre, abritant un port sec, point d’exportation de café et de cacao vers les pays limitrophes. Nous traversons Chantier-Colonel, Maire-Kro, Sankaradougou, Ladji-Kro, Chantier-Kaboré, Plateau, de gros villages érigés dans la forêt classée de Scio, abritant de fortes communautés étrangères ( Burkinabé, Maliens, Guinéens). CIB grouille de monde.

 Je me garde de me présenter aux militaires, craignant d’exposer, devant Bilale, ma fonction de journaliste. Une fois à CIB, il faut maintenant rallier Tomimpleu situé à plus de 22 km. Un autre parcours de combattant. Le pont sur la rivière SIO s’est effondré, me prévient Bilale qui suggère la location d’une mobylette. Il empreinte un vélo. Je loue à la somme de 10.000 F cfa une mobylette et c’est le départ. La piste qui même vers Tomimpleu s’enfonce à travers les montagnes. Nous traversons une immense plantation de Teck de la Sodefor. Au fur et à mesure que nous nous avançons dans forêt, mon cœur bat la chamade et je n’arrive pas à chasser de ma mémoire les préjugés sur les dozos que l’on présente comme des sanguinaires.

Il 15h 27 mn quand nous atteignons le village de Tomimpleu. C’est un village d’environ un millier d’habitants, avec en majorité des Senoufos, des Lobis, des Tagbanas et des Malinkés, mais aussi des Burkinabè, des Maliens et des Guinéens. Tomimpleu est à cheval sur la zone de confiance, dans une langue de forêt. Au plan administratif, ce village Yacouba appartient au département de Blolequin, bien que géographiquement proche de Bangolo. C’est le domicile de Bilale qui nous reçoit d’abord. Véritable zone franche, Tomimpleu offre tous les produits à la vente. Cigarette, boisson...en provenance des pays limitrophes. Bilale court au domicile de Ladji voir s’il est là. Au bout d’une trentaine de minutes, il revient. “ Il est là et il va vous recevoir ”. Je pousse un ouf de soulagement.

 “ Je lui ai déjà tout expliqué ”. Mais, avant de le rencontrer, je tombe sur une attitude affreusement épidermique d’un des gardes du corps du chef Ladji. Au moment où nous attendions devant sa porte, deux dozos arrivent. L’un d’entre eux, me prenant certainement pour un militaire, demande à me fouiller. Pour dire les choses de façon prosaïque “ mon cœur est coupé sur place ”. Je perds, pour ainsi dire, ma sérénité, tellement la chape de peur a été foudroyante et intense. Je lui renvoie un sourire, rien n’y fit... Bilale s’emploie à faire comprendre à Noufé ( c’est le nom du dozos) que je ne suis pas militaire, mais celui-ci reste inflexible et l’atmosphère “ s’enfume ”. Ma peur grandit. Il demande à voir mes papiers. Je sors mon jugement et la pile de carte de visite de ma poche. Ne sachant, visiblement pas lire, il remet le jugement et les cartes de visite au second. Il me palpe les poches. Me demande de remonter mon pantalon. Il se met alors à tâter mes mollets. A dire vrai, je ne comprends rien... Il relève mon front, tourne ma tête, regarde soigneusement dans ma pomme, tourne et retourne mes mains. Les aveux de l’assassin Il me demande ensuite de relever ma chemise. Regarde dans mon dos, mes coudes, mes genoux. Je commence à transpirer. Mon cœur bat à un rythme effréné. Après la fouille, il s’éclipse avant de réapparaître pour m’introduire dans le sanctuaire de chef Ladji Gbapleu.

Assis sur une natte derrière un “ contingent ” de figurines noires badigeonnées d’un liquide rougeâtre, Ladji Gbapleu est une véritable armoire à glace. L’odeur dans cette maison est irrespirable. Je n’arrive pas à croiser son regard. C’est un homme impressionnant, grand, environ 1,80 m, pour au moins 100 kg. Il est de teint noir, avec un visage impénétrable assorti des yeux rouge sang. Ladji doit avoir entre soixante et soixante cinq ans. Il faut le dire, Ladji Gbapleu inspire la peur. Je lui explique la raison de mon déplacement et insiste sur la nécessité pour moi d’avoir ce “ marché de 42 millions de Fcfa ”. Il crache sur une poignée de cauris qu’il dépose dans ma pomme. Je fait semblant de souffler sur ces cauris, mais je ne dis aucun mot. Il reste silencieux. Il les récupère et les jette sur la natte. Au troisième jet, Ladji lève la tête et me lance. “ Je vois ici que vous aller effectuer un voyage. ”. Raconte beaucoup d’autres choses...

Pour le “ marché de 42 millions ” Ladji me propose des sacrifices et réclame l’équivalent de 10% du montant de l’offre, soit la somme 420.000 Fcfa. A déposer avant le “ travail ”. Une demie heure ont suffi “ au tout puissant marabout ” de faire des prédictions sur ma vie sans toutefois découvrir ma vraie qualité, celle de journaliste. Je promets de trouver “ dans les meilleurs délais l’argent et le mouton ”. Je pousse alors Ladji à la faute. “ Tout le monde dit que vous êtes très fort. Pourquoi vous ne vous installez pas à Duékoué, Bangolo, Blolequin ou même à Abidjan et vous avez choisi ce petit village, en brousse ” ? Ma question est loin d’être fortuite. Elle appelle, en fait, une réaction de la part de Ladji par rapport à ces trois villes guéré dans lesquels il aurait conduit des descentes meurtrières. Il sourit...“ Je pense que je suis bien ici. Cela fait au moins 15 ans que je suis installé dans cette région.. Nos frères guéré, qui nous avaient accueillis et qui nous ont donné des terres, ne veulent plus nous voir aujourd’hui chez eux. Ils veulent nous arracher nos plantations. Nous ne pouvons jamais l’accepter. Moi, je ne vais jamais l’accepter et si je dois mourir, je mourrai. Et, pour nos propres plantations, ils ont des milices qui nous attaquent, nous tuent. Mais quand nous avons réagi à Duékoué, ils se sont calmés aujourd’hui. Mais çà, ce n’est rien, la prochaine fois, ce sera très grave. Nous allons brûler tous les villages... Aujourd’hui, ils sont tranquilles. Chaque fois que nous perdrons un homme, maintenant, ils en perdrons dix, vingt, trente, cinquante ou cent. Aujourd’hui on est là, nous, on n’a pas de problème avec quelqu’un. Je suis bien ici auprès de mes plantations. Je n’irai pas m’installer en ville. Je suis ici, je ne bouge pas ”.

Ces déclarations sont éloquentes de l’implication directe du marabout des dozos de Tomimpleu dans les massacres de Duékoué. Paul Kango, le rebelle repenti, ne m’avait pas menti. Il est 17 h 22 quand nous quittions Tomimpleu.

Réaction du préfet militaire
Mais l’enquête est loin d’être close. Le lendemain, je mets le cap sur Guiglo où je rencontre le préfet militaire, le colonel Danon Djédjé. Il est 16 h 50 mn quand le préfet me reçoit à son bureau. Il accrédite la thèse défendu par Ladji Gbapleu, estimant que “ ces massacres s’appuient sur des règlements de comptes ”. Parlant des assassinats, le préfet militaire soutient que “ c’est en représailles à l’assassinat d’un grand planteur burkinabé, qui serait dans la rébellion, que les villages ont été attaqués par les Burkinabè ”. Il promet de “ traiter ” Tomimpleu, une fois les moyens mis à sa disposition. Danon Djédjé soutient que “ généralement les tueurs viennent de Scio ”, la grande forêt classée qui abrite le village de Tomimpleu. Il déplore l’inaccessibilité de Tomimpleu où il envisage renforcer la présence militaire. A Guitrozon où nous arrivons ce jeudi après-midi, le village reste l’endroit où les tueries à l’ouest ont atteint le plus haut niveau d’horreur. Nous décidons de confronter “ les vérités ” de Ladji Gbapleu, recueillies à Tomimpleu à celles du terrain. Le ministre Eric Kaé, fils du village est présent à Guitrozon au moment de notre passage. Nous décidons de rencontrer les survivants.

Les témoignages affluent...Mme Doh Madeleine nous replonge dans l’enfer de cette nuit du 31 mai au 1er juin. Ici à Guitrozon, ils ont fait 127 morts. Nous poussons notre enquête... C’est avec M Dagnogo, président des commerçants de Duékoué, que l’on aura le cœur net sur les vraies motivations des tueries massives de Guitrozon, Petit Duékoué et Diapahi. Il nous reçoit dans sa boutique de gros du marché de Duékoué. Il est 14 h 23, ce mercredi 15 mars. Selon lui “ tout est parti d’une grève des commerçants et transporteurs de Duékoué qui protestaient contre le racket, les braquages et les tueries ”. Sur les faits, souligne M Dagnogo, le 27 mai, cinq ( 5) jeunes Senoufos, alors en formation de dozos à Tomimpleu, sont assassinés entre Guitrozon et Petit-Duékoué. Chose curieuse, souligne Dagnogo, leurs sexes ont été arrachés. Le jour suivant, c’est l’Imam Fofana Mamadou, de la mosquée Mahou, au quartier Petit-Duékoué qui est violemment assassiné. Avant ces assassinats, le 17 mai, M. Ouattara, un autre Sénoufo, commerçant est retrouvé mort au quartier Carrefour, route d’Abidjan, fief de la milice Apewê. Tout de suite, les soupçons des autorités et des habitants de Duékoué se portent sur la milice Apewê, une composante du Front de Libération du Grand-Ouest ( FLGO) du général Maho Glofiehi. Trois combattants sont arrêtés par les Forces de l’ordre. Dans la même période, huit ( Cool chauffeurs ( 3 Burkinabè et 5 Malinkés) de Dyna sont assassinés dans les villages de Bahoubly et Diahouin, à la lisière de la zone de confiance.

C’est une psychose généralisée dans le département. Les autorités préfectorales convoquent une réunion de crise, le 31 mai. Elle vise à élucider les assassinats répétés en vue de prendre des dispositions sécuritaires pour prévenir d’autres tueries. La réunion s’est tenue sous la présidence de M Jean-Baptiste Gbamelé, représentant le préfet et le commandant en second du sous-groupement de l’Ouest, le capitaine Gondo. Les dessous des tueries. Le chef de la milice, Julien Colombo, exige et obtient la libération de trois de ses éléments soupçonnés d’avoir pris part à ces assassinats. La communauté musulmane, les transporteurs, les commerçants et les représentants de la confrérie des dozos retournent chez eux profondément, meurtris, frustrés et choqués de ce que justice n’a pu être faite.

Une riposte qui était déjà en préparation devait être déclenchée. Dans la même nuit du 31 mai au 1er juin, intervient le carnage de Guitrozon, Petit-Duekoué et Diapahi. Mais un détail important. Au cours de la réunion, soutient M. Guiehei Jean-Jacques , “ la présence d’un contingent de dozos armés aux alentours de Guitrozon et au quartier Kôkôman a été portée à la connaissance des autorités militaires et préfectorales ”. La réunion est tout de suite suspendue et le capitaine Gondo se rend immédiatement à Guitrozon. Les dozos se terrent, pour réapparaître vers deux heures du matin.. Les assassins ont commencé par Diapahi où ils ont fait “ 73 morts ” avant d’atteindre Guitrozon et Petit-Duekoué. A Guitrozon, la psychose n’est toujours pas tombée et l’ombre de la mort est présente. Depuis, le village est gardé 24 h/24 par un détachement militaire. Le préfet de Duékoué, le commandant Gnata Katé Paulin, que nous avons rencontré au cours de notre enquête, a initié une vaste tournée de réconciliation à l’échelle du département, en compagnie des responsables syndicaux, des jeunes, des chefs des groupes d’auto-defense, des élus, des chefs de village, entre juillet 2005 et septembre 2005, qui l’a conduit dans 28 villages et campements. Il confirme la thèse des représailles liées aux massacres de Guitrozon. “ A trois reprises des individus se sont introduits à Duékoué, tuant les populations, parce que, nous a-t-on dit, des transporteurs auraient été assassinées.

A cette époque, nous n’étions pas encore en fonction ici ” explique le préfet. Pour lui, la zone de confiance n’en est pas une et que c’est un repère de criminels. Il souligne l’animosité qui existait entre les différentes couches à Duékoué. “ Le quartier Carrefour ( siège de la milice Apewê de Doh Gonan Julien dit Colombo et du Pasteur Doho Monin, chef de la jeunesse Gueré) était interdit aux allogènes ( Lobis, Senoufos, Malinkés, Yacoubas) et le quartier Kôkôman, habité essentiellement des ressortissants du nord lui, était interdit aux Guérés ( autochtones). Au quartier “ Carrefour ” où nous nous sommes rendu pour avoir la réplique des miliciens contre les accusations d’assassinats portées contre eux, on nie en bloc les allégations d’assassinats. Colombo “ étant parti au champ ”, Séa, 27 ans, qui s’est présenté comme “ un combattant patriote de Apewê ” réfute les accusations portées contre son mouvement “ qui est un mouvement né pour défendre l’ouest contre les rebelles ”. “ Tant que les rebelles seront en armes à côté de nous, nous ne baisseront pas la garde ” martèle Séa. Les assassinats de Guitrozon, Pétit-Duékoué, Diapahi, mais aussi de Pehan-Pan, Sada et autres ont un dénominateur commun : La vengeance.

par Armand B. DEPEYLA
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MessageAvr 04, 06 3:27 am     Répondre en citant le nom Re:Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué, Répondre au sujet
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Armand B. DEPEYLA, bravo et merci pour ce reportage détaillé sur la coxérité sanguinaire du far west ivoirien.
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MessageAvr 04, 06 4:35 am     Répondre en citant le nom Re:Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué, Répondre au sujet
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Ce qui dérange dans ce genre de recit est la certitude d'impunité qui s'en dégage. Les chefs de guerre rebelles doivent être jugés, ainsi que leurs commanditaires.
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MessageAvr 06, 06 1:52 am     Répondre en citant le nom Re:Attaque de Guitrozon, de Petit-Duekoué, Répondre au sujet
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ca apprendra a mes freres a donner leurs terres a mossi contre de bonnes paroles mielleuses!
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