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5 - Le scandale de Thiaroye  
6 - Le dossier Alassane Dramane Ouattara  
7 - Temoignages de rebelles Ivoiriens  
8 - Togo fer de lance de l’effroyable guerre de coup d’état   ...Debats
9 - Qui se fie à la France fait le sacrifice de sa vie   ...Debats
10 - Jean-Paul Ney, un journaliste?   ...Debats
11 - Les vérités que cache SORO  
12 - Des révélations sur un complot islamiste  
13 - Koulibaly a Sarkozy: “Vous n'avez encore rien compris”  ...Debats

14 - L’ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU incendie la France et l’ONU   ...Debats
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17 - Discours du President Gbagbo a Abuja   ...Debats
18 - Pourquoi la Côte d’ivoire de Laurent GBAGBO est dans l’oeil du cyclone France   ...Debats
19 - Chirac veut créer une vacance à la tête de l’Etat Ivoirien   ...Debats
20 - Quelque chose de pourri dans la Chiraquie   ...Debats
21 - Michel Galy - Que faisons nous en CI?   ...Debats
22 - Un énorme trafic de cacao éclabousse le RDR   ...Debats
23 - Ivoire nue- Chroniques d’une Côte d’Ivoire perdue   ...Debats
24 - La constitution Ivoirienne face aux constitutions africaines   ...Debats
25 - Laurent Gbagbo à France Soir : “Bongo, c’est un rigolo”   ...Debats
26 - Du Bongo sans "couilles" au Bongo "rigolo": Et si Gbagbo avait raison?   ...Debats
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31 - Ziegler: Regards Sur La Crise Ivoirienne   ...Debats
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Interview: «Chirac veut créer une vacance à la tête de l’Etat ivoirien»

1/30/2006 5:23:21 PM

Dans un entretien téléphonique, Nathalie Yamb, Journaliste camerounaise, Directrice de Publication et actuellement Directeur des Ressources humaines d’une multinationale basée à Yaoundé revient sur les derniers événements d’Abidjan, consécutifs à la dissolution de l’Assemblée nationale par le GTI. Pour la consoeur camerounaise, cette manœuvre du Groupe de Travail international sur instigation de la France ne vise qu’un but : écarter Mamadou Koulibaly de la succession constitutionnelle, après le renversement du président Laurent Gbagbo par Paris.

Quelle est votre analyse de la récente dégradation de la situation en Côte d’Ivoire ?
La déclaration du GTI relative à la non prorogation du mandat des députés ivoiriens a été volontairement polémique. C’était un ballon d’essai qui devait permettre à la France de tester le niveau de mobilisation du mouvement patriotique ivoirien. La France espérait sans aucun doute avoir essoufflé la résistance après plus de trois ans de manœuvres, agressions, attaques et complots. Et pour le cas où la déclaration du GTI ne passait pas comme une lettre à la poste, le plan B était de faire intervenir une «élite» africaine à sa solde qui viendrait jouer les pompiers pour apaiser les esprits, en donnant l’illusion de recadrer le GTI et de se poser en sauveur de la souveraineté ivoirienne.

Illusion ?
Evidemment ! Si l’interprétation de la déclaration du GTI était aussi univoque que MM. Obasanjo et Konan Banny le disent aujourd’hui, il se pose la question de savoir pourquoi ils ont attendu trois jours et des pertes de vies humaines pour clarifier la situation. C’est ridicule ! Qu’est-ce qui empêchait M. Konan Banny, dès publication du communiqué et au vu des réactions qui ont suivi, de prendre la parole lundi matin pour indiquer que «le GTI n’a pas dissout l’Assemblée Nationale, il n’en a ni la compétence ni le pouvoir», comme il vient de le dire en reprenant mot pour mot le libellé du communiqué final de la rencontre Gbagbo-Obasanjo ? Non, le plan initial était de laisser planer le doute en espérant que soit la révolte accouche d’une souris, soit la situation se détériore suffisamment pour fournir à l’armée française le prétexte d’une intervention militaire à Abidjan.

Pour vous, la déclaration était équivoque ?
Non, la déclaration du GTI était claire et limpide et elle a été très bien interprétée par l’ensemble de la presse et les populations ivoiriennes.
Pour rappel, voici in extenso les points 4 et 5 de la déclaration du GTI en date du 15 janvier 2006 qui ont provoqué la révolte : « 4. Conformément au paragraphe 11 de la Résolution 1633 du CSNU relatif à l’expiration du mandat de l’Assemblée nationale, le GTI a tenu des consultations approfondies avec les parties ivoiriennes sur le fonctionnement des institutions de l’Etat. Le GTI a tiré la conclusion que le mandat de l’Assemblée nationale, qui a expiré le 16 décembre 2005, n’a pas à être prolongé.
5. Néanmoins, pendant la période de transition, le GTI recommande que le Premier ministre, en consultation avec le Chef de l’Etat, et se fondant sur l’expérience des anciens députés, puisse à sa convenance, leur confier des missions spécifiques en vue de la promotion de la paix et de la réconciliation nationale.»
Le GTI tire donc la conclusion que le mandat ne doit pas être prolongé et recommande que les députés de facto mis au chômage par lui soient placés sous la tutelle du Premier ministre ! Je ne vois rien d’équivoque dans cette déclaration. Maintenant, il serait utile que M. Schori explique comment sa tentative de décapiter le pouvoir législatif et de mettre la Côte d’Ivoire sous tutelle cadre avec les tâches et missions assignées au Groupe de Travail international par l’organisme qui l’emploie, à savoir l’Organisation des Nations Unies.

Vous voulez dire que le GTI a outrepassé ses droits ?
Oui, et pas qu’un peu. Il est totalement hors sujet ! En effet :
1. La Résolution 1633 à laquelle il se réfère dispose en son alinéa 2, que le Conseil de Sécurité de l’ONU «réaffirme son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d‘Ivoire» ;
2. Le paragraphe 11 de ladite résolution, auquel le GTI fait lui-même allusion, «invite le Groupe de Travail international, notant que le mandat de l’Assemblée Nationale prend fin le 16 décembre 2005, à consulter toutes les parties ivoiriennes, […] en vue de faire en sorte que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu’à la tenue des élections en Côte d’Ivoire et de tenir le Conseil de Sécurité et le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine informés à cet égard» ;
3. Le paragraphe 13 de ladite résolution exige enfin que le GTI «élabore dès que possible une feuille de route en consultation avec toutes les parties ivoiriennes en vue de tenir des élections libres, régulières, ouvertes et transparentes dès que possible et au plus tard le 31 octobre 2006 […]».

En clair, cela signifie :

- que le principe de la souveraineté et du respect de la Constitution ne saurait être remis en cause par quiconque, même et surtout pas par un employé ou un pays membre des Nations Unies ;
- que le Conseil Constitutionnel ivoirien, saisi dans le respect des règles par le Président de la République sur la prolongation du mandat des députés, s’étant prononcé dans son avis N° 2005-013/CC/SG du 15 décembre 2005 - soit un jour avant l’expiration dudit mandat et un mois avant les gesticulations du GTI - pour le maintien en fonction de l’Assemblée Nationale et la conservation de ses pouvoirs, il ne subsistait aucun doute sur la voie à suivre ;
- qu’en application du paragraphe 11 de la Résolution 1633, le seul et unique rôle du GTI aurait dû être de convaincre les parties réfractaires à la mise en œuvre de l’avis du Conseil Constitutionnel de l’accepter pour «faire en sorte que les institutions ivoiriennes fonctionnent normalement jusqu’à la tenue des élections» et à signaler toute entrave à ce processus au CSNU et au CPS de l’UA.
- Et enfin, cela signifie aussi que la feuille de route élaborée unilatéralement par le GTI sans consultation des parties ivoiriennes est nulle et de nul effet au vu des dispositions du paragraphe 13 de la Résolution 1633 et que son application ne s’impose donc à personne.

Mais, qu’avait à gagner le GTI à vouloir imposer la dissolution de l’Assemblée Nationale ?
Le principal souci du proconsul Pierre Schori en mission pour la France était d’écarter le danger incarné par Mamadou Koulibaly. En effet, selon la Constitution ivoirienne en son article 40, en cas de vacance de la Présidence de la République, c’est le président de l’Assemblée Nationale qui assure l’intérim. En l’état actuel des choses, cette personne est Mamadou Koulibaly. Pour la Chiraquie, M. Koulibaly, économiste de renom et africaniste pur sang, représente un danger encore plus grand que l’actuel chef de l’Etat. Ainsi, selon le Professeur Koulibaly, qui avait, rappelons-le, claqué la porte à Marcoussis, la situation ivoirienne «n'est ni un complot ni un malentendu, c'est du gangstérisme. C'est le président Jacques Chirac qui s'est mis dans la tête qu'il peut, avec la force des armes, et les marionnettes à qui il a donné ces armes, prendre le contrôle d'une petite économie africaine qui ne cherche qu'à devenir libre. C'est la vision néocoloniale de M. Jacques Chirac de l'Afrique qui le porte. Car, il ne faut pas l'oublier, il est né en 1932, et il n'a pas beaucoup évolué. Il reste prisonnier de son âge, de cette vision de l'époque : raciste et colonialiste. Et c'est lui qui est notre adversaire. C'est le sentiment que m'inspire cette crise ivoirienne qui dure depuis trois ans. Et je pense que chaque pays africain, pris individuellement, aura beaucoup de mal à se battre contre Jacques Chirac, parce qu'il utilisera toujours la violence de l'armée française. Et il enverra toujours ses légions assassines dans nos pays pour faire des coups d'Etat, pour renverser, pour tuer. Sauf que si nous nous levons tous ensemble, dans l'ensemble de tous les pays anciennement colonies françaises, pour revendiquer notre liberté ensemble et exiger la fin du diktat de l'Elysée sur chacun de nos pays, à ce moment-là, la France comprendra peut-être que c'est le moment de lever le pied. Et d'abandonner cette façon condescendante de considérer nos Etats, nos leaders, nos libertés».

La France envisage donc une vacance à la tête de l’Etat ivoirien ?
Je dirais même qu’elle y travaille activement. La tentative d’écarter au forceps Mamadou Koulibaly de la succession à la Présidence ivoirienne laisse présumer que la France planifie de façon intensive l’élimination physique du Président Laurent Gbagbo. Elle pourrait également faire assassiner le Président de l’Assemblée Nationale, et peut-être envisage-t-elle toujours cette option comme solution de dernier recours, mais la pilule serait naturellement beaucoup plus dure à faire avaler, même aux observateurs les plus francophiles de la scène ivoirienne, d’où sa tentative de le court-circuiter par la dissolution de l’honorable Institution. Toute cette action a été préparée de longue date. Notez que monsieur Ouattara est allé en Côte d’Ivoire en décembre 2005 pour enterrer sa mère. Il y a séjourné en toute sécurité, avec sa famille pendant plusieurs jours. Pourquoi n’y est-il donc pas retourné le 15 janvier comme annoncé initialement ? Parce qu’il savait qu’Abidjan serait en ébullition quelques jours plus tard ?

Quel rôle joue le Premier ministre Banny ?
Charles Konan Banny a des ambitions personnelles qu’il n’a jamais cherchées à dissimuler. Il veut être Président de la République et cela est tout à fait légitime. M. Banny ne peut cependant pas prétendre à la magistrature suprême en 2006, puisque la candidature du Premier ministre du Gouvernement de réconciliation est explicitement exclue, ce qui est normal si l’on considère que c’est lui qui est chargé de veiller à l’organisation et à la transparence des élections présidentielles à venir.
Je crois que M. Banny est tiraillé entre son envie de contribuer à l’effort de paix de son pays et celle de succomber aux sirènes chiraquiennes, qui lui ont fait miroiter la possibilité de prendre immédiatement les commandes de l’Etat pour une période dite de transition de trois ans, avant de légitimer le hold-up par une élection en 2010 qui l’installerait confortablement dans le fauteuil présidentiel pour une nouvelle période de cinq ans. Pour Chirac, il est crucial de «régler» le problème ivoirien avant l’élection présidentielle française de 2007. Pour Banny, il est tentant de pouvoir dès aujourd’hui réaliser l’ambition de sa vie et il est également vital pour lui d’avoir à sa disposition, tous les moyens de l’Etat pour assurer le succès de sa candidature le moment venu, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Qui a la réalité du pouvoir en Côte d’Ivoire ? Gbagbo ou Banny ?
Il y a trois critères déterminants :

1. Qui signe les décrets et les lois pour l’Etat de Côte d’Ivoire et peut virer l’autre d’un coup de crayon ?
2. Qui peut actionner l’armée et se faire obéir d’elle ?
3. Qui détient aujourd’hui le soutien du peuple?
La réponse à ces trois questions est Gbagbo. Tout le reste n’est que gesticulations et a autant d’impact sur le fonctionnement de l’Etat ivoirien que le battement d’aile d’un papillon en Chine. A ce jour, le Président ne perd rien à laisser à Banny une chance de mener à bien sa mission qui est exclusivement, selon la résolution 1633, et il est utile de le rappeler, de mettre en œuvre l’opération de désarmement, démobilisation et réintégration, le démantèlement et le désarmement des milices, et l’établissement des conditions nécessaires à la tenue d’élections libres (au plus tard le 31 octobre 2006) tel que prévu dans le cadre des Accords de Marcoussis, d’Accra III et de Pretoria.
Si Banny réussit, tout le monde sera content, Gbagbo le premier, puisque cela signifiera la fin d’une guerre de plus de trois ans et le retour à la paix et à la légalité. Si Banny échoue - et il faut bien noter que l’échec serait celui de Konan Banny et de lui seul, puisque c’est Konan Banny qui doit exécuter les tâches susmentionnées -, alors il sera clairement établi qu’il n’y a pas de solution politique à la situation créée par la France en Côte d’Ivoire.

Pensez-vous que Charles Konan Banny réussira sa mission ?
Laquelle ? L’officielle ou l’officieuse ? L’absence de contestation de M. Banny face à la manœuvre illégale et anti-constitutionnelle du GTI a de quoi désagréablement surprendre, parce qu’en tant que citoyen ivoirien, et l’un des plus notables, et en tant qu’aspirant à la fonction présidentielle, on se serait plutôt attendu à le voir partager le matelas fleuri de M. Blé Gloudé devant l’ambassade de France ! N’oublions pas que le Président de la République prête serment devant le peuple souverain de Côte d’Ivoire, solennellement et sur l’honneur, de respecter et de défendre fidèlement la Constitution. Je crois que M. Banny a raté une occasion d’améliorer son curriculum patriotique et il serait utile pour lui de se souvenir que «patriote» n’a jamais été une insulte, mais que les dictionnaires Larousse et Robert s’accordent à donner des connotations négatives aux mots «rebelles» et «assaillants». Il reste à espérer qu’il saura se ressaisir et prendre ses distances avec les basses manœuvres impérialistes de la France pour se recentrer sur l’intérêt et le bien-être de ses compatriotes. L’une de ses premières actions devrait donc être la présentation devant l’Assemblée Nationale d’un chronogramme d’action strictement relatif aux missions qui lui ont été imparties par la Résolution 1633. Il est aussi impératif qu’il mette en application l’article 7 de ladite Résolution, qui dispose que «si un ministre ne participe pas pleinement [au Gouvernement de Réconciliation Nationale], son portefeuille doit être repris par le Premier Ministre». Ainsi, quand Guillaume Soro, qui est ministre d’Etat, ne juge pas nécessaire de participer aux deux premiers conseils des ministres de son gouvernement, il revient à M. Banny le soin d’en tirer toutes les conséquences.

Les populations et le FPI demandent le départ de la Force Licorne et de l’Onuci, considérées comme forces d’occupation alliées aux assaillants. Qu’en pensez-vous ?
Depuis novembre 2004 et le massacre à visage découvert des civils ivoiriens par l’armée française, on a atteint un point de non-retour en ce qui concerne la présence de Licorne mais également du 43ème BIMA sur le sol ivoirien. C’est d’ailleurs toute la question du bien-fondé des bases militaires françaises en Afrique qui est posée. Un récent sondage a notamment exposé que plus de 68% d’Africains sont pour le départ immédiat des troupes françaises du continent.
Quant à l’Onuci, je voudrais rappeler ici quelles sont ses missions, telles que définies par la Résolution 1528 du CSNU. Il s’agit de l’observation du cessez-le-feu et des mouvements de groupes armés, du désarmement, de la démobilisation, de la réinsertion, du rapatriement et de la réinstallation, de l’appui aux opérations humanitaires, à la mise en oeuvre du processus de paix, de l’assistance dans le domaine des droits de l’homme, de l’information et de l’ordre public.

Or, depuis la création de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire en février 2004, des armes ont continué à être livrées aux assaillants, des renégats continuent de traverser les frontières du pays par le Nord, les Forces Nouvelles, sommées de désarmer, n’ont toujours pas obtempéré. L’Onuci s’étale à Abidjan alors que la guerre est ailleurs, la télévision rebelle diffuse tous les jours des messages de haine, la manipulation médiatique est cautionnée par les Nations Unies, quand l’Onuci n’est pas elle-même à la source de la désinformation. La libre circulation des biens et des personnes n’est assurée qu’en zone gouvernementale et je me demande dans quelle mesure les cinq morts de Guiglo cadrent avec le devoir d’assistance aux opérations humanitaires et à la mise en œuvre du processus de paix !

Si l’Onuci ne remplit pas sa mission, alors l’Onuci doit partir. Les Etats-Unis viennent d’ailleurs de se prononcer contre l’augmentation des effectifs des Casques Bleus en Côte d’Ivoire, faisant ainsi barrage à une proposition de la France formulée par Kofi Annan. L’ambassadeur américain auprès des Nations Unies, John Bolton, évoque même l’éventualité d’un retrait pur et simple des troupes onusiennes de Côte d’Ivoire, mettant en doute la capacité de l’Onuci «à régler efficacement les problèmes de fond». Mais au-delà de l’Onuci, c’est l’Organisation des Nations Unies qui est remise en cause. Elle a montré ses limites. La façon dont Israël traite par-dessus la jambe toutes les résolutions du Conseil de Sécurité, l’Irak, le bourbier haïtien, les massacres de Srebrenica sans parler du génocide rwandais ou des dérives sexuelles des soldats onusiens dans les différents théâtres d’opération où ils sont affectés… Est-ce que l’ONU est aujourd’hui autre chose qu’une «pompe à fric» qui permet aux membres permanents du Conseil de Sécurité de se partager le gâteau et d’imposer leur toute puissance au reste du monde, sous le couvert d’une légalité octroyée par une «communauté internationale» manipulée par sept ou huit pays dits majeurs?

Que pensez-vous de l’attitude de Kofi Annan ?
L’attitude de Kofi Annan m’inspire beaucoup de regrets. Nombre de ses proches ont été très fortement impliqués dans les malversations qui ont entouré l’exécution du programme pétrole contre nourriture en Irak. La France a pris sa défense quand les USA, en représailles à son attitude peu conciliante lors de la guerre en Irak, où ses intérêts divergeaient des leurs, ont décidé de sonner la charge contre lui. Kofi Atta Annan est donc redevable à la France et il paie son dû en soutenant les intérêts français dans la crise ivoirienne. Tout Africain qui se respecte doit trouver bien peu seyante l’attitude aplatie adoptée par le Secrétaire Général de l’ONU.

Un mot sur les réactions des chefs d’Etat africains ?
Réactions ? Lesquelles ? D’un côté il y a les marionnettes de Paris, comme Bongo, Wade, Compaoré ou Toumani Touré, qui jouent avec zèle la partition composée par un Chirac trop heureux de constater qu’il y a encore quelques rares spécimens qui exécutent quand il décide. De l’autre, il y a tous ceux qui sont frappés d’un mutisme persistant. Ceux-là essaient d’occulter le fait qu’un nombre grandissant de leurs concitoyens exigent de façon de plus en plus pressante qu’ils prennent position dans la crise ivoirienne, mais les peuples d’Afrique sont bel et bien en train de reprendre la parole, après avoir été contraints à une aphonie collective pendant des décennies. Le jeu en vaut la chandelle. La tentative de mise sous tutelle de la Côte d’Ivoire est une question de souveraineté africaine. Si la France réussit sa manœuvre en Côte d’Ivoire, alors rien ne l’empêchera de réitérer sa «prestation» ad vitam æternam partout où ses intérêts la porteront : au Congo, en Centrafrique, au Cameroun ou ailleurs sur le continent. Il est aisé de constater que les populations africaines tolèrent de moins en moins la politique colonialiste du gouvernement français en Afrique. A chaque fois que la France tente une déstabilisation de l’Etat ivoirien, les réactions des Africains partout sur le continent sont de plus en plus excédées et il est clairement envisageable que des expatriés français, bien que ne se reconnaissant pas dans la politique de Jacques Chirac, soient les premiers à en ressentir les effets.

L’on reproche constamment au Président ivoirien d’utiliser la rue…
J’observe une dichotomie révélatrice du concept populiste. Quand des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est descendent dans la rue pendant plusieurs mois pour réclamer la chute du mur de Berlin, on applaudit à tout rompre. Quand Viktor Ioutchenko organise les manifestations de centaines de milliers de personnes pour accéder à la présidence de l’Ukraine, la démarche est admirable et encouragée. Quand des milliers d’Ivoiriens issus de toutes les couches sociales se réunissent en sit-in pour réclamer le départ de leurs bourreaux, on les qualifie «d’émeutiers à la solde du Président de la République». Pourquoi ces manifestations ne seraient-elles pas spontanées ? Est-ce à dire qu’aujourd’hui un Africain n’a pas la capacité ou le droit de décider tout seul ce pour quoi il souhaite s’engager ?

Charles Blé Goudé, le leader charismatique d’une jeunesse ivoirienne en mal d’indépendance, a crée le Congrès des Jeunes Patriotes en juin 2001, donc bien avant le début de la crise ivoirienne, et il n’a jamais appartenu au FPI. Mais si l’on en croit les médias occidentaux, il est une créature fabriquée de toutes pièces par Laurent Gbagbo pour contrer la guerre que la France a déclaré à la Côte d’Ivoire en 2002 !

L’accusation de populisme à l’encontre du chef de l’Etat ivoirien est le moyen pour eux de décrédibiliser tous les arguments que lui et ceux qui s’identifient à sa lutte avancent et de déplacer le débat loin de là où il doit être, à savoir des idées.
Il est évident que si aujourd’hui ces mêmes manifestants descendaient dans les mêmes rues d’Abidjan pour réclamer avec la même verve le départ de l’actuel occupant du Palais du Plateau ou le retour de la Côte d’Ivoire dans le giron françafricain, alors AFP, Libération, France 2, RFI, Michèle Alliot-Marie ou le général Bentegeat n’hésiteraient pas à les ériger en monuments de courage mettant en péril leurs vies pour un noble combat !

Existe-t-il une solution pour la Côte d’Ivoire ?
Aujourd’hui, après avoir sorti de son chapeau des questions foncières, le soi-disant danger d’un génocide ethnico-religieux, la candidature – initialement disqualifiée au regard de la Constitution - d’un ancien premier ministre, Chirac, à court d’inspiration, ne se donne même plus la peine de cacher le vrai motif de la guerre qu’il mène à l’Etat de Côte d’Ivoire : son président ne lui convient pas, il est indépendant, africaniste et ingérable par l’Elysée. Il veut placer l’intérêt de ses compatriotes au-dessus de ceux de la France. Rendez-vous compte ! Cet Africain ne respecte vraiment rien ! Même déchue sur la scène internationale, la France de 2005 conserve une énorme capacité de nuisance en Afrique. Mais elle a aujourd’hui à sa tête quelqu’un de vieux et d’usé, obligé d’agir dans l’urgence.
Jacques Chirac n’a jamais vraiment impressionné personne par ses talents de stratège politique. Hors course pour la présidentielle de 2007, lui et les quelques fidèles qui lui restent, au rang desquels on trouve Brigitte Girardin (porte-parole de Chirac au sein du GTI), Michèle Alliot-Marie ou Michel de Bonnecorse, sont soumis à la contrainte du temps. Cela se ressent de façon tangible dans leur gestion de la crise ivoirienne. Déconnectées de la réalité politique et sociale du terrain, leurs machinations échouent les unes après les autres et contribuent même à la mobilisation des Africains contre la France.

La solution ?
Les élections. Cependant, compte tenu des éléments dont il dispose, Chirac n’a aucune intention de permettre la prochaine tenue d’élections libres et transparentes en Côte d’Ivoire. Il va donc tout tenter pour convaincre Konan Banny de l’aider à torpiller cette échéance. Pas sûr qu’il réussisse. Si Banny veut conserver ses chances pour 2011, il a tout intérêt à marquer l’esprit de ses concitoyens par sa participation active et fructueuse au retour de la paix et à la libération de la Côte d’Ivoire. Il est également nécessaire que les Africains s’approprient la maîtrise de l’information concernant l’Afrique, pour déchirer le voile de mensonges insidieusement injectés par l’Etat français à travers des médias acquis à sa cause. Cela commence à prendre forme. Enfin, je pense que Kwame Nkrumah avait un élément de réponse quand il disait: «Divisés nous sommes faibles. Unie, l’Afrique pourrait devenir, et pour de bon, une des plus grandes forces de ce monde.»

Interview réalisée au téléphone
(Retranscription : Anassé Anassé)

Le Courrier d'Abidjan
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